Angela Merkel: un « agenda de la croissance » serait à l’ordre du jour du prochain sommet européen

Rappel historique. La crise européenne a été déclenchée par la révélation, à la suite des élections grecques gagnées par le Pasok le 4 octobre 2009, de la situation catastrophique des finances publiques du pays. Cette situation avait été masquée par de subtiles opérations menées avec le concours  d’une banque d’affaires américaine. L’Etat cédait une partie de sa dette à la veille de  l’échéance  de la fin de l’année, pour la racheter quelques jours après. En France, on appelle cela faire de la cavalerie. Mais, à Bruxelles comme ailleurs, personne n’était véritablement dupe. La révélation de ces pratiques par la presse anglaise affola les marchés financiers et mina la crédibilité de l’euro. On connait la suite.

De sommets en sommets, de « réunions de la dernière chance » en conférences de presse au petit matin, la zone euro réagissait toujours trop tard et avec des moyens insuffisants. La crise s’aggrava et la contagion, née précisément de la perte de confiance due aux atermoiements européens, gagna d’autres pays sous le regard divinement surpris des dirigeants anglais et américains, ravis que l’attention des marchés se détourne de leurs propres déséquilibres.  

 Les critiques fusèrent, la « gouvernance européenne »fut mise en accusation, l’euro et son péché originel rendus responsables de tous les maux, la dette, la récession et en fin de compte, le chômage. On ressortait du placard la vieille théorie des zones monétaires optimales et on prédisait que la monnaie européenne ne « passerait pas Noël ».   

Les bons esprits se sont trompés car il leur manquait un élément essentiel dans leur analyse : la situation politique intérieure allemande.

Ce ne sont pas les élections grecques qui ont été le point de départ  de la crise de l’euro, mais les élections allemandes tenues quelques jours avant le 27 septembre 2009. La défaite du SPD,  qui  prit la forme d’une déroute dans l’ancienne RDA, principale cible des fameuses « réformes «  de Gerhardt Schroeder, sonnait le glas de la « grande coalition ».

 Angela Merkel s’est alors allié avec le parti libéral-démocrate qui, à l’origine n’était pas eurosceptique, mais obnubilé par son programme de réduction des impôts, s’est opposé à tout règlement de la crise grecque, sans comprendre que le fait de ne pas éteindre l’incendie tout de suite rendrait le sauvetage bien plus coûteux à terme pour l’Allemagne. Angela Merkel n’a pas su convaincre ses alliés politiques de cette évidence. D’où ces compromis boiteux, ces séances houleuses au Bundestag, ces déclarations contradictoires avant et après les sommets qui ruinaient, auprès des marchés financiers, la crédibilité des décisions prises, ces atermoiements et ces hésitations. Et la France a assisté, impuissante, à ce mauvais spectacle.

La dernière grande divergence franco-allemande remontait à la réunification. Helmut Kohl refusait de reconnaître la frontière Oder-Neiss entre l’ancienne RDA et la Pologne, car expliqua-t-il un jour à François Mitterrand, dans un échange devenu emblématique des relations franco-allemandes : « Tu peux me comprendre, François, c’est un sujet politique, j’ai besoin des voix des Républicains pour les prochaines élections ». Le parti Républicain était une petite formation nationaliste, qui a quasiment disparu aujourd’hui, et dont les électeurs se sont ralliés au parti libéral.

Et François Mitterrand lui répondit : «  Helmut, là, il ne s’agit pas de politique, il s’agit de l’Histoire ». Et la cause fut entendue.  Gageons que Nicolas Sarkozy, n’a pas su se montrer aussi persuasif.

La solution à la crise de l’euro, n’est pas dans la rigueur budgétaire, même si celle-ci est indispensable, elle est en Allemagne. C’est ce qu’Angela Merkel vient, tardivement, d’admettre, au nom du réalisme politique.

Le parti libéral est allé de déroutes en déroutes au gré des élections régionales et locales depuis deux ans. Celles qui s’annoncent en Rhénanie-Palatinat le 13 mai vont peser lourd sur l’avenir de la grande coalition, qui a rendez-vous avec les électeurs en septembre 2013.

Surtout les difficultés, et parfois les défaites politiques,  rencontrées par les partis au pouvoir qui soutenaient sa ligne, comme en Hollande, ont ouvert, enfin, les yeux de la Chancelière. 

Si elle veut avoir la moindre chance d’être reconduite dans un an, elle doit infléchir ses positions sur l’euro, la BCE et le soutien de la croissance en Europe. Si elle ne veut pas connaître le même sort que Nicolas Sarkozy, elle doit s’entendre avec François Hollande.  

C’est une grande chance pour l’Europe. Enfin, une bonne nouvelle !

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